Le blog de Bajazet

Celui qui a échappé à la foudre en parle volontiers

Turquie

icon 10/06/2013

On commence par un petit historique. Qui sont ces turcs ?

La première référence vient des chinois qui désignaient un petit peuple proche de la Mongolie. On a retrouvé des traces au 8e siècle sur des monuments avec l'alphabet d'Orkhon. On dit qu'Attila (tribut des Huns, nomades mongo-turcs) ou encore Gengis Khan (le même qui a plié les seldjoukides) sont des turcs.
Dès le 9e siècle, ils se convertissent à l'Islam. Les turcs tels qu'on les connait aujourd'hui sont arrivés au 10e siècle sous le règne des Seldjoukides. Ils se sont très vites "iranisés" en adoptant la culture et la langue perse, d'ailleurs plus tard, le plus grand ennemi des ottomans était les perses. Très vite l'empire s'est étendu au moyen-orient (Turquie, Israel, Liban, Syrie, Irak, Iran). Dans la foulée, ils s'emparent du Califat.
Arrive l'ère ottomane au 13e, sous Osman 1er (ottoman est sa francisation, tout comme mon pseudo Bayezid). Pendant 7 siècles, c'est le modèle ottoman qui règne, avec un Sultan (chef politique) et Calife à la fois (chef "islamique", entre "" car il n'y a pas de "pape" dans l'islam).

Pour résumer du 9e au 20e siècle, l'Islam a une place centrale dans la vie des turcs, et un jour le 29 octobre 1923, un certain Mustafa Kemal, impose par la force la fin de l'empire et le début de la république. On dit qu'il se présenta à l'assemblée (il y avait une assemblée avec sultan) avec sa constitution rédigée en 1 nuit avec un pistolet posé dessus.
L'une de ses plus grandes réformes, fût la dé-islamisation du peuple. Il força les hommes à se raser, interdit le turban au profit de la "casquette française" (des hommes ont été pendus pour avoir refusé), interdit le voile, et le plus grand choc fût le changement de l'alphabet, ma prof de philo appelait ça un choc culturel ou moral, je ne sais plus.
Le choc fût si terrible que des petits enfants ne se comprenaient plus avec les grands-parents. Le but d’Atatürk (son nouveau nom, qui veut dire "Père des turcs") était de faire table rase du passé. Toutes les archives par exemple ont été envoyées en Albanie pour servir de chauffage, les albanais ont eu la brillante idée de les conserver. Car des archives, il y en avait des paquets, au palais tout était écrit, de la couleur du caca du sultan, à la doléance du peuple.
Juste avant qu'il n'arrive au pouvoir, il y a eu le génocide arménien, commis par les "jeunes turcs", mouvement de ce cher Atatürk. Le sultan avait commencé d'ailleurs à pendre les tortionnaires. Mais quand Atatürk est arrivé, tout s'est arrêté. Il ne fallait pas pendre les copains. Et ce sont ses amis qui ont gouverné le pays après sa mort (donc le génocide... quel génocide ?).

La Turquie, a connu ensuite, divers crises, et à chaque fois, des coups d'états, du sang, etc. Un homme en 1960 Adnan Menderes, son nom sonne comme Mandela, a voulu dékemaliser la Turquie, comme Khrouchtchev avec Staline, mais lui n'a pas eu de chance, il fut pendu pour "haute trahison".
Il y a eu aussi un certain Turgut Özal en 89, un kurde (même s'il préférait dire "d'origine"), mort empoisonné, on ne sait pas par qui, mais on se doute que ses idées ne plaisaient pas (trop néo-ottomaniste).
Puis Necmettin Erbakan en 96(plutôt pour un retour de l'islam en Turquie), fût obligé par les militaires de démissionner.

Enfin aujourd'hui, Erdogan. Il était membre du parti de Necmettin Erbakan. Il a fait de la prison alors qu'il était maire d'Istanbul pour avoir lu un poème "nationaliste" de Ziya Gökalp, le même qui a inspiré Atatürk.
Il quitte le parti d'Erbakan et fonde l'AKP, son désir est de séparer "l'église" de l'état, il se considère comme un démocrate musulman, à l'image d'UDF en France.
La cartographie des partis politiques peut être découpée ainsi :
- l'extrême gauche, alias "communiste" est une branche ultra-minoritaire, mais très violente
- l'extrême droite, islamo-nationaliste (MHP), alias les "nationalistes" très populaire, haineuse des kurdes et arméniens (52 sièges)
- la gauche CHP, alias "les laïcs", très populaire, milite pour une Turquie ultra-laïque, plus encore que celle d'Atatürk. En fait, ils ne pronent pas une anti-religion, mais un anti-islam. (134 sièges)
- parti kurde, milite pour les droits des kurdes (29 sièges)
- les islamiques, parti d'Erbakan, très peu populaire depuis peu, ils sont chez Erdogan maintenant
- les démocrates, avec Erdogan, 327 sièges.

En 2000, le titre du magasine "Capitale" ou un magazine du genre, titrait "Investisseurs, fuyez la Turquie" qui était en grande crise. En 2002, il arrive au pouvoir, vous voulez voir le PIB ?


Et comme le PIB "ne veut rien dire", je regarde juste à poste équivalent, le salaire est le même mais la vie 5 fois moins cher qu'ici (mes oncles et tantes sont cadres dans le privé et ont une meilleure vie que nous ici).

Les libertés ? Autorisation du kurde dans les écoles, du kurde à la TV (chaine publique kurde TRT6). Plus de libertés religieuses, pour moi c'est essentiel. Quand je vois ici le débat sur le voile à l'école mais autorisé dans les universités, et bien avant Erdogan, une mère de famille voilée ne pouvait pas pénétrer dans une université pour voir la remise de diplôme sans ôter son voile, dans un pays à +95% de musulmans, c'est aberrant. Ah oui, même la barbe était interdite depuis 98.

Liberté de la presse ? On parle d'un record de journalistes en prison, mais dans quel état était la presse turque en 2000, ça ? Mais ce n'est pas son fort à Erdogan la presse, d'ailleurs il rachète beaucoup de journaux et chaines TV pour mieux contrôler. Son point noir avec "l'Internet". Il ne peut pas être parfait ;)
Mais la liberté d'expression s'est grandement améliorée.

En fait Erdogan est le seul politicien qui reflète le peuple. Pendant longtemps la minorité a dirigé le pays d'une main de fer en laissant le peuple crever de faim. Je suis content des bonnes évolutions et améliorations qu'il a apporté à la Turquie, il a mis les fondations, à ses successeurs de continuer sur cette voix et d'améliorer ses points négatifs.

Pour mon plaisir, un petit recueil de ses citations (j'adore les citations) :

* Religions : « Les non-musulmans sont partie intégrante de l'État turc et a le droit de préserver leur identité et leur culture. » (il a également envoyé une lettre publique pour rappeler les droits des minorités)
* Kurdes : « Chaque pays a connu des jours difficiles dans son histoire. Un grand État et un pays fort comme la Turquie a surmonté de nombreuses difficultés pour arriver jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi, nier les erreurs du passé ne sied pas aux grands États. Un grand État et une nation forte se tournent avec confiance vers l’avenir en se confrontant à leurs fautes et à leurs erreurs. C’est avec ce principe à l’esprit que notre gouvernement sert le pays. (…) Le problème kurde n’est pas le problème d’une partie de notre peuple, mais le problème de tous. C’est donc aussi le mien. Nous allons régler chaque problème avec encore plus de démocratie, plus de droits civils, et plus de prospérité, dans le respect de l’ordre constitutionnel, du principe républicain et des principes fondamentaux que nous ont légués les pères fondateurs de notre pays. »
« Il y a dans notre pays de nombreuses composantes ethniques. Nous ne faisons aucune distinction entre elles. Elles constituent chacune une sous-identité. Il y a un lien qui nous unit tous, et ce lien est la citoyenneté de la République de Turquie. (…) Je le dis à nouveau, la Turquie c’est autant Ankara, Istanbul, Konya, Samsun, Erzurum que Diyarbakir (ndlr: c'est une ville kurde). Je veux que vous le sachiez, chaque endroit de ce pays a des parfums, des couleurs, des voix, des musiques, et des saveurs différentes. »

Donc les révolutions dans tout ça ? A la base la cause est noble, s'opposer au rasage de Gezi Park, petit parc de la jeunesse bobo d'Istanbul, l'équivalent des Jardins de Luxembourg à Paris. Mais historiquement, ce parc n'existait pas, il y avait une caserne à la place

Le projet vise également à "piétonniser" (ça se dit ?) la place Taksim, place historique des révolutionnaires, où le fameux dimanche ensanglanté en 69 fit une centaine de blessés puis le massacre du 1er mai en 77 qui fit une trentaine de morts d'extrême gauche probablement tués par des extrémistes de droite.
Les opposants ont par contre beaucoup d'humour.
Pour conclure, c'est une bête guerre entre anti-AKP (tous les partis cités dessus) vs. AKP. Il y a 10 ans, ce genre de manifestations n'était pas possible en Turquie (je me souviens des tanks à jet d'eau vers les manifestants), désormais c'est possible. La police n'intervient plus et le président (même parti qu'Erdogan) milite pour qu'ils puissent manifester.
D'un côté je suis heureux de voir des gens manifester, les choses s'améliorent, de l'autre je ris quand je vois "Erdogan dégage", "Erdogan fachiste", "Erdogan on te l'a bien enfoncé", pour mettre qui à la place ? Un CHP qui va encore mettre à la banqueroute le pays comme sous Ecevit le prédécesseur d'Erdogan et relancer les crapules et les corruptions ?

Erdogan n'est pas un dictateur, il n'est pas islamiste, il n'islamise pas le pays, il autorise l'islam pour un pays à 95% musulman, il relance l'économie, et les droits des peuples. Voilà qui il est.

M6 a fait une émission correcte sur la Turquie et ses paradoxes (remplacez islamiste par islamique grrr)

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1 commentaire

Qwerty - 31/10/2014 à 17:56:38

Petite précision concernant l'origine du peuple habitant en Turquie (vous allez voir, c'est très simple ;)).
Les turcs (de Turquie) viennent du mont Altaï. C'est le peuple "père" qui a donner les mongoles… et de nombreux peuples d'Asie centrale (Kazakhs…). C'est seulement une fois en Turquie que les türks deviennent des turcs. Pour faire simple, Atila et Genhis ne sont pas turcs mais türks, mais Erdogan est turc et donc türks. Dans la "littérature" scientifique, il y a confusion, mais autant être rigoureux avec les noms, ça évite les amalgames !

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